Le 27 août 2007
AMÉNAGEMENT DURABLE ET
CERTIFICATION DES FORÊTS
CONGOLAISES
Par
Arthur Yvon
KIBONGUI MOUGANI,
Étudiant 3e cycle
Bio-Ressources Tropicales, Cesbc
Jean BAKOUMA,
Économiste, Cesbc
RESUME
Mots clefs : Forêt
tropicale, aménagement durable, certification
forestière, itinéraires techniques
Pour freiner la dégradation des
forêts tropicales due à une exploitation non
contrôlée, et maintenir les fonctions
biologiques des forêts, une nouvelle démarche
s’est imposée sous l’impulsion des institutions
internationales et des organisations
environnementales : la gestion durable des
forêts. Cette démarche exige au préalable une
connaissance scientifique éprouvée des
écosystèmes forestiers devant permettre la
conduite des actions à y effectuer. Divers
échecs et réussites des tentatives d’aménagement
ainsi que des résultats de travaux sur la
dynamique des forêts tropicales ont fournis
quelques éléments d’approche de l’aménagement
durable. Le processus d’aménagement durable et
de certification des forêts engagé au Congo
progresse et a atteint à ce jour 5% des forêts
totales du pays. Cette étude a été menée pour
savoir si les itinéraires techniques et les
techniques d’exploitation adoptées par la
méthode congolaise, transposent des méthodes
expérimentées en Malaisie (Malayan Uniform
System MUS et Selective Management System SMS),
au Ghana (Modified Selection System MSS), au
Gabon (Méthode Okoumé MO) et tiennent compte des
résultats et travaux de recherche sur la dynamique
forestière tropicale dans la zone guinéo
congolaise afin de justifier leurs gages
écologiques. Cette étude a également permis de
comprendre l’évolution de l’aménagement au
Congo, d’énumérer les contraintes susceptibles
de freiner ce processus pour trouver des pistes
d’amélioration.
ABSTRACT
Key-word :
Tropical forest, sustainable
management, forest certification, technical
itinerary
Under the impulse of the
international institutions and the environmental
organizations a new necessary step has been
taken in order to stop the tropical forests
degradation due to non controlled exploitation,
and to maintain the biological functions of the
forests: the sustainable forest management. This
step requires first of all a tested scientific
knowledge of the dynamic of the forest
ecosystems so as to allow the control of the
actions to be carried out the forest. Various
failures and successes of forest management
system and some results of scientific works on
the dynamics of the tropical forests provided
some elements of sustainable forest management
approach. The sustainable management and forest
certification process engaged in Congo
progresses and reached now 5 percent of the
forests total of the country. This study was
undertaken to know if the technical itinerary
and the technical rules of exploitation adopted
by the Congolese management system, was from the
management systems tested in Malaysia (MUS and
SMS), in Ghana (MSS), or in Gabon (Okoumé
Method) and takes account of the research tasks
results on forest dynamics tropical in the
guinea Congolese area in order to justify their
ecological pledges. This study also made it
possible to include/understand the evolution of
installation in Congo, to enumerate the
constraints likely to slow down this process to
find tracks of improvement.
INTRODUCTION
Depuis 1920,
début de l’exploitation forestière au Congo et
malgré un premier inventaire des forêts réalisé
en 1974, les forêts ont toujours été soumises à
une exploitation de type minier avec une
production soutenue et limitée à quelques
essences de haute valeur économique.
Sans aucune
perspective, la préoccupation principale dans le
secteur forestier congolais a été axée sur les
performances des techniques d’exploitation ainsi
que sur la production à rendement soutenu à long
terme couvrant plusieurs coupes, avec pour
conséquence la dégradation continuelle de la
forêt. Ce mode d’exploitation a montré ses
limites. Cette disparition accélérée des forêts
tropicales mondiales dénoncée à la Commission
Mondiale de l’Environnement (CMED) en 1987 et
réitérée lors du Sommet de la Terre de Rio en
1992 a permis au Congo, de mettre en surface
dans le secteur forestier les impacts négatifs
de l’exploitation du bois. Dès lors les
autorités congolaises ont opté pour une méthode
de gestion durable des écosystèmes forestiers,
et plusieurs initiatives d’adhésion à divers
accords et programmes internationaux portant sur
l’aménagement, la protection et la conservation,
des écosystèmes forestiers et de la biodiversité
ont suivi.
Le Congo a engagé depuis 2000 un vaste programme
d’élaboration de plans d’aménagement mobilisant
huit compagnies forestières établies sur quatre
millions d’hectares de forêts et d’un schémas
national de certification basés sur les PCI
harmonisés OIBT/OAB dans une perspective
d’intégration des marchés éco sensibles. L’un
des faits majeurs est l’initiative de la CIB
pour une certification FSC de sa concession
forestière de Pokola constituant ainsi le pilote
d’une méthode d’aménagement durable des forêts
au Congo qu’il convient d’examiner, savoir si
cette méthode découlerait d’un modèle type
d’aménagement préexistant et mesurer ainsi son
adaptation et son efficacité associé à la norme
de certification.
METHODOLOGIE
L'exploitation
forestière est un outil sylvicole. L'impact des
dégâts d'exploitation sur la pérennité des
peuplements ne doit pas être minimisé tout en se
souvenant que la justification des forêts de
production est son exploitation. La méthode
principale consistant à analyser les méthodes
d’exploitations ainsi que les coûts et avantages
du processus d’aménagement et certification,
pourrait permettre de déterminer l’efficacité ou
non des itinéraires techniques pris sur le
modèle des différentes méthodes d’aménagement
existants avec la norme de certification en
cours et apporter des éléments de réponse par
rapport aux objectifs fixés.
L’analyse coûts
avantages (ACA) étant une méthode pour mesurer
et évaluer les avantages relatifs de projets
pour la prise de décisions éclairées. Elle tient
compte des conséquences d'un projet à toutes les
échelles de son champ d’application.
ZONE D'ÉTUDE
La Méthode d’Aménagement durable
congolaise est expérimentée depuis 2005 en forêt
dense équatoriale au sein de l’UFA Kabo une
concession forestière de la Congolaise
Industrielle des bois (CIB), située au
nord-ouest du Congo en bordure de la frontière
camerounaise. Cette UFA est la seule sur toute
l’étendue du pays disposant d’un plan
d’aménagement durable validé. Ce plan est
l’illustration de la méthode d’aménagement
durable en cours au Congo.
L’UFA Kabo couvre une superficie
de 267 048 ha. Située dans la zone de climat
équatoriale avec une pluviométrie moyenne
annuelle de 1686 mm, elle présente un relief
généralement plat et légèrement ondulé au nord,
avec des sols ferralitiques plus ou moins
hydromorphes. La végétation de Kabo est un
ensemble constitué par plusieurs types de
forêts, les forêts inondables et marécageuses et
les forêts sur terre ferme vouées à la
production de bois d’œuvre.
Figure 1.
Carte de l'UFA Kabo
RESULTATS ET DISCUSSION
Plusieurs aspects des méthodes
MUS, SMS, MSS, MO
repris dans la méthode congolaise laissent
penser que la méthode congolaise s’inspire de
ces dernières.
1. Rapprochement de l’expérience
congolaise des autres méthodes d’aménagement
En effet la pratique d’un
inventaire qui permet d’obtenir une évaluation
plus complète de la forêt en vue d’y effectuer
des actions allant de la production de bois à la
conservation ou à la recherche. (Cf.
Annexe 1. Analogies
et différences entre les méthodes MUS, SMS, MSS,
MO et la méthode congolaise)
Le délianage
préalable permettant de réduire fortement les
dégâts d'abattage dans le peuplement en évitant
au moment de l’abattage l’entraînement de
plusieurs arbres lors d’une chute, ainsi que la
détermination des DME et l’évaluation de la
régénération qui déterminent la physionomie
future de la forêt, sont les points de
convergence très marquants.
Comme le définit le tableau 1 en
annexe les méthodes sont différentes chacune en
fonction des activités sylvicoles, par contre la
chronologie des différentes étapes est
identique. La différence pourrait aussi résulter
de la particularité de chacune des forêts dans
lesquelles ces différentes méthodes ont été
expérimentées, à savoir la localisation, la
topographie, le climat et la structure
végétale.
En effet les forêts tropicales
d’Afrique se concentrent dans le continent et
sont très hétérogènes. Contrairement aux forêt
d’Asie du sud-est, essentiellement situées sur
des grandes îles (80% environ dans les îles
d’Indonésie, de Malaisie, des Philippines et de
Papouasie Nouvelle Guinée), et relativement
homogènes en raison d’une très forte densité des
arbres de la famille des Dipterocarpacées.
Cela explique sans doute que les
durées de rotation en Asie soient de l’ordre de
40 à 50ans, plus longues que celles pratiquées
en Afrique qui sont de l’ordre de 20 à 40 ans.
Des études
prospectives concernant la biomasse, montrent
d’ailleurs qu'un délai de 100 ans entre deux
exploitations successives est nécessaire pour
permettre à la forêt de retrouver son stock
initial de jeunes tiges ainsi que sa biomasse
d'origine, un argument valable pour les forêts
asiatiques. Cependant en Afrique
les longues rotations sont difficilement
applicables même si une exploitation intensive à
grande échelle, à courte rotation, avec un
contrôle insuffisant des coupes, risque
d'altérer la composition spécifique de la forêt
et de nuire à sa structure et à la qualité mais
paradoxalement. Les longues rotations
supposeraient un prélèvement important de la
ressource qui induit une ouverture importante du
couvert forestier difficile à doser et à
contrôler.
L’extrême
hétérogénéité de la forêt tropicale africaine
serait plus compatible aux coupes sélectives.
Les coupes
sélectives dans les forêts tropicales mélangées
peuvent, en théorie, être ordonnées de façon à
maintenir un équilibre optimal entre les divers
stades de la succession écologique, afin
d'assurer un maximum de diversité génétique et
la conservation des ressources génétiques tant
des essences pionnières que de celles des stades
ultérieurs.
En conclusion il faut admettre
qu’il n’existe pas de méthode type d’aménagement
mais d’un schéma directionnel plus ou moins
universel pour une exploitation à impacts
réduits qui se résume comme suit :
-
Détermination des zones à
protéger.
-
Détermination des diamètres
minimum d’exploitabilité.
-
Inventaire d’exploitation.
-
Définition d’une durée de
rotation.
-
Principe de coupe et
abattage.
-
Volume maximum d’exploitation
et de production.
-
Planification des routes
forestières et optimisation des pistes de
débardage.
2.
Evaluation de l’efficacité de la Méthode
Congolaise
L’un des critères d’efficacité
étant l’atteinte des objectifs et l’adaptabilité
des mesures. Cette évaluation se base sur 2 des
objectifs de l’aménagement des forêts préconisés
par le code forestier à savoir une production
optimale de bois et une réduction au minimum des
dégâts.
Grâce à des
outils comme le SIG et le GPS, les inventaires
sont plus précis, élargis à des produits
forestiers autres que le bois d’œuvre et
tiennent compte de la composition réelle de la
forêt et/ou de sa condition après exploitation
alors quepar
le passé ceux-ci se bornaient à déterminer les
volumes marchands d'un nombre limité d'essences
dites économiques ou potentiellement
économiques. (cf. annexe 2:
Comparaison des méthodes
d’exploitation forestières avant et après
aménagement durable)
L’aménagement à travers les
méthodes d’exploitation à faibles impacts prend
en compte les dégâts liés à l’exploitation et
vise à les réduire au minimum.
Sur la base des
travaux réalisés dans la forêt de Mbaïki en
Centrafrique, on limite les prélèvements
à 2,6 arbre par hectare ceci pour réduire les
impacts au sol estimé à moins de 20%.
L’aménagement durable intègre 2 nouveaux
paramètres en plus du diamètre minimum
d’exploitabilité : Le DMF et le DMA. Le diamètre
minimum de fructification DMF est le diamètre à
partir duquel un arbre produit des graines avant
leur abattage conserve les capacités de
régénération.Ce
nouveau paramètre qui intègre la logique de
diminution des gaspillages de bois, les dégâts
d’exploitation et la garantie de la
régénération, en partant du principe que si le
diamètre minimum d’exploitation (DME) est
inférieur au diamètre auquel l’arbre fructifie
abondamment, on risque de mettre en péril la
régénération de l’essence exploitée. Le diamètre
minimum d’aménagement DMA est une simple
correction du DME, avec une marge de 10 à 20cm
supérieur au DME on est sûr que les arbres
abattus sont aux normes.
Tableau
1. Diamètres techniques par essences
|
Essence |
DMF (cm) |
DME (cm) |
DMA (cm) |
|
Acajou |
- |
80 |
80 |
|
Afromorsia |
- |
50 |
60 |
|
Aniégré |
50 |
60 |
70 |
|
Ajous |
90 |
70 |
100 |
|
Padouk |
- |
80 |
80 |
|
Sapelli |
55 |
80 |
90 |
On note une nette amélioration
des méthodes d'exploitation induite par
l’aménagement durable: délianage, cartographie
des arbres à abattre, abattage directionnel,
planification du réseau de débardage....
La prise en compte des résultats
du dispositif de Mbaïki en Centrafrique se
justifie par le fait que la forêt centrafricaine
est contiguë à la forêt nord congolaise, elle
est son prolongement. Toutes deux ont les mêmes
particularités : ce sont des composantes du
bassin forestier du Congo, située au nord de
l’équateur avec un même type de climat et de
composition pédologique ainsi qu’une topographie
et une structure végétale semblables (forêts
essentiellement riches en Sipo et Sapelli).
3. Processus de Certification :
a. Certification au niveau de l’UFA
La SGS mandatée par le FSC, a
audité l’UFA de Kabo pour l’attribution d’un
label de certification FSC suivant ses normes.
Depuis le 26 Mai 2006, cette UFA est certifiée
FSC. Le choix de ce système n’entre pas dans le
cadre d’un programme étatique. C’est plutôt un
choix à titre privé défini dans la stratégie
d’intégration des marchés éco sensibles de la
CIB et de l’amélioration son image vis à vis
des lobbies écologistes.
b. Certification au niveau national
Dans
le cadre du processus panafricain de
certification avec l’appui de l’OIBT et à
travers le projet OAB/OIBT "Promotion de
l’aménagement des forêts africaines",
un programme d’élaboration de PCI
applicables au niveau national et au niveau de
l’UFA a été amorcé sur la base
du catalogue
OAB/OIBT
validés par les experts africains.
Il s’agit d’une adaptation de PCI
harmonisés OAB/OIBT au contexte
socio-économique et aux
conditions écologiques nationales.
Une première mouture des PCI nationaux a été
finalisée et adoptée le 25 juin 2006. Dans
l’avenir ces PCI devraient permettre d’évaluer
les progrès réalisés en matière d’aménagement
durable à un moment donné sur l’espace
territorial, et servir de
norme de référence pour la certification des
bois congolais.
Grâce à l’attribution du
certificat FSC à la CIB pour l’UFA Kabo, le
pourcentage de forêts certifiées représente
2 % de l’étendue forestière
nationale faisant du Congo le leader dans le
processus d’aménagement et certification
forestière en Afrique centrale. L’UFA Kabo est
devenu la plus grande concession certifiée FSC
en Afrique centrale devant la concession de
Wijma au Cameroun (41 000ha).
Figure
2.
Forêts aménagées
durablement et non aménagées
4. Production
Depuis la mise en place de
l’aménagement durable au sein de Kabo (en 2005),
la production annuelle ne dépasse plus le Volume
maximum annuel de production (VMA) fixé à
100000m3 pour l’UFA Kabo.
Figure
3
Écarts de volume de production/VMA sous
aménagement durable/sans aménagement durable
La baisse de production est favorable au
maintien des essences de valeur jusque là
constituant majeur de la production, d’autant
qu’elle est compensée par la diversification de
essences à exploiter.
En effet comme on peut le voir dans le tableau,
sur une production totale annuelle de bois de
124 000 m3 en 2000 le Sapelli
représentait 69 % et les diverses essences 5 %. En
2005 sur une production totale annuelle de bois
de 88 000 m3, la part de Sapelli a
chuté à 34 % et celle des essences diverses est
passée à 15 %.
Tableau 2.
Comparaison Volume de production
totale et par essence,
sans aménagement (2000)
et sous aménagement (2005)
| |
2000 |
2005 |
|
Superficie exploitée
(coupe annuelle) |
8 300 ha |
7 700 ha |
|
Type de forêt |
8 300 ha vierges |
3 200 ha vierge
4 500 ha déjà
exploités |
|
Total volume exploité |
127 500
m3 |
88 000
m3 |
|
dont : Sappelli
|
|
|
85 500
m3
69 % |
30 000
m3
34 % |
|
Essences exploitées
> 500 m3 |
|
|
9,0
5 % |
14,0
15
% |
|
Source
: Cellule d'aménagement du CIB |
5.
Contraintes
L'aspect
de la dynamique forestière en rapport avec
l'exploitation forestière le plus marquant, est
la croissance et le rendement des essences
marchandes principales.
a. Dynamique forestière
L'absence de cernes annuels bien
nets dans les bois de la plupart des essences
tropicales alliée à la complexité des conditions
de croissance et de la composition spécifique
des forêts, rend les prévisions de rendement mal
aisées.
En dépit du développement
progressif dans un certain nombre de pays de
réseaux de placettes d'échantillonnage
permanentes dans des échantillons représentatifs
de forêt initié par le Cirad, on n'a que peu ou
pas d'information fiable sur l'importance
relative des facteurs génétiques et écologiques
dans la détermination du rythme individuel de
croissance des arbres dans les peuplements
naturels.
b. Compétence
Les différentes études de
faisabilité d’aménagement de permis forestiers
mettent en avant un déficit de compétence tant
au sein des entreprises que de l’administration
forestière. Ce déficit peut se situer à deux
niveaux, d’un coté les “cellules d’aménagement”,
c’est-à-dire les structures internes à
l’entreprise chargées de superviser la
préparation du projet d’aménagement, ne sont pas
en place, et les personnels d’encadrement sont
en général insuffisamment sensibilisés aux
pratiques liées à l’aménagement des forêts et
ont peu de connaissances de l'autoécologie de
toutes les essences en général, de la biologie
de la reproduction, la biologie de la dispersion
des semences. De l’autre l’absence de
coordination des organismes de recherches
forestières avec l’administration forestière.
c. Le plan d’aménagement
Il est évident que l’aménagement
imposera une modification des pratiques et se
traduira par un ensemble de contraintes. La plus
évidente de ces contraintes est le scrupuleux
respect des prérogatives, l’interdiction de la «
repasse », les obligations d’inventaire, la
valorisation des essences secondaires….
d.
Les coûts
Les coûts sont largement fonction
du contenu de l’aménagement. Ils se décomposent
en coûts liés, à l’investissement (10 %), au
fonctionnement (15 %), à l’encadrement et
l’assistance technique (45 %), à la réalisation
des inventaires et études dendrométriques (25 %),
à la cartographie et à la stratification (1 %) et
enfin aux études socio-économiques (4 %) d’après
le plan d’aménagement CIB.
L’aménagement représente
évidemment un coût pour l’entreprise. Pour l’UFA
Kabo le coût d’élaboration du plan d’aménagement
est estimé à environ 400 millions de francs CFA,
et pour l’ensemble des concessions allouées à la
CIB le montant s’élève à 1 635 000 000FCFA pour
une superficie de 88 0150 ha, soit 1 858FCFA/ha.
A cette dernière
somme s’ajoute les7 milliards
de FCFA annuel au titre de redevances
forestières dû à l’état. Partant des estimations
de coût d’élaboration des plans d’aménagement,
le coût mentionné par la CIB est plus bas, car
sur la
base de 3 360 FCFA/ha ce coût remonterait à 2 957
304 000 FCFA. On constate que l’aménagement a une
incidence majeure sur les charges de
l’entreprise (cf. tableau 3).
Devant la contrainte de
rentabiliser leur activité l’aménagement
apparaît comme une pratique supplémentaire qui
n’est pas compensée par la production encore
réglementée et encore moins élevée que sans
aménagement durable.
Tableau 3.
Évolution des coûts d'aménagement (J. Bakouma
1999)
|
Nature des opérations |
Coûts de départ/ha |
Coûts
intermédiaires/ha |
Coûts susceptibles
d'êtres atteints/ha |
|
Coût d'élaboration |
|
1. Organisation du
travail |
36 000 |
39 000 |
43 2000 |
|
2. Reconnaissance de
la forêt |
2 400 |
2 640 |
2 880 |
|
3. Cartographie du
domaine |
45 200 |
49 720 |
54 240 |
|
4. Inventaire
d'aménagement |
30 500 |
33 550 |
36 600 |
|
5. Inventaire
d'exploitation |
42 000 |
46 200 |
50 400 |
|
6. Système géomatique |
30 200 |
33 220 |
36 240 |
|
7. Formation du
personnel |
216 800 |
238 480 |
260 160 |
|
Total /120 000 ha |
403 100 |
443 410 |
483 720 |
|
Total/ha |
3,360 |
3,696 |
4,032 |
|
Total/ha |
0,336 |
0,370 |
0,403 |
|
Coût annuel de
mise en oeuvre
|
|
1. Inventaire
d'exploitation |
720 |
792 |
864 |
|
2. Travaux sylvicoles |
1 320 |
1 452 |
1 584 |
|
3. Equipe de suivi de
gestion |
13 000 |
14 300 |
15 600 |
|
Total/3000 ha/an |
15 040 |
16 544 |
18 048 |
|
Total annuel/ha |
5,015 |
5,516 |
6,018 |
|
Total/m3 |
0,500 |
0,550 |
0,600 |
Bakouma, J., Aspects
économiques et institutionnels de la gestion
durable des forêts en Afrique, Nancy, INRA/OIBT,
Projet OIBT PD-1/93 Rev.1 (M, F, I)
e. Coûts liés au transport
Figure 4.
Voies d'évacuation de la production
L’éloignement des chantiers des ports
d’exportation pose le problème de coût de
transport. L’aménagement apporte l’élargissement
de la gamme d’essences à exploiter dont la
plupart ne supportent les coûts de transport. En
effet elles perdent leur valeur suivant la
longueur du trajet. C’est le cas de l’Ayous et
l’Azobé qui perdent leur marge brute totale aux
100 km comme le montre la figure ci après. Cette
tendance est moins génératrice de bénéfices et
risque d’entretenir l’exploitation exclusive des
essences de valeur.
Figure 5.
Evolution
de la perte de marge de valeur de quelques
essences au km
Source : FOMETE, T.,
(1997), à partir des données du MINEF. Également
Bakouma, J., 1999.
À cela s’ajoute le coût lié aux infrastructures
de transformation en effet le code forestier
oblige une transformation de 85% des récoltes.
6. Chaîne de certification
Le processus de certification est bien engagé
avec la certification FSC de l’UFA Kabo.
Cependant
quelques ambiguïtés persistent autour de la
traçâbilité
des produits issus de l'UFA
Kabo. D’après le circuit de traitement de bois
au sein des concessions de la CIB, Pokola
demeure la place tournante où s’acheminent la
plupart des abats avant sciage et exportation
notamment ceux issus de Kabo comme les bois
blancs, or Pokola est non certifié FSC.
Figure 6. Chaîne de contrôle de certification
L’inexistence
d’une scierie bois blanc pose la question
La certification de la chaîne de contrôle :
Comment identifier les bois blancs de Kabo
traités à la scierie de Pokola non certifiée?
On note très souvent un laxisme de
l’administration forestière ce qui met en doute
l’efficacité des normes OAB/OIBT appliquées à
l’ensemble des forêts d’autant que les modalités
et l’organisation des audits ne sont pas
clarifiées. Une certification FSC garantie par
des audits indépendants et rigoureux est plus
rassurante et devrait être la seule norme
applicable à tous.
En somme toutes initiatives doivent être
régularisées car la diversité des normes de
certification, à savoir celle initiée par les
entreprises avec celle amorcée au niveau
national sur la base des normes OAB/OIBT risque
de subir des discriminations par certains
marchés régionaux, en ce sens qu'il s'agit des
unités régionales qui mettent en œuvre des
politiques commerciales discriminatoires à
l'égard des pays tiers.
Il s'en suit que ces
regroupements régionaux modifient la répartition
des échanges mondiaux.
7. Nécessité d’un aménagement durable et une
certification des forêts du sud du pays
Bien que les résultats de la méthode
d’aménagement soient probablement imprévisibles
dans les forêts du Sud, du fait de plusieurs
paramètres différentes des forêts du Nord à
savoir: la différenciation climatique et
topographique ainsi que la structure végétale.
En effet les forêts du Sud du Congo sont des
forêts de montagne et essentiellement riches en
Limba et Okoumé tandis que celles du Nord sont
des forêts de plaine et plutôt riches en Sapelli
et Sipo.
Il est nécessaire de réfléchir à une méthode
d’aménagement durable de celles ci, car les
forêts du Sud sont pour la plupart écrémées du
fait d’une surexploitation depuis 1920. LA ce
jour l’aménagement durable et la certification
semble concernée unilatéralement les forêts du
Nord.
CONCLUSION
La méthode congolaise est une sorte de métissage
des aspects techniques expérimentés dans
d’autres modèles d’aménagement (MUS,SMS, études
en forêts centrafricaine….). Elle est
relativement efficace et permet une production
optimale de bois avec moins de dégâts sur le
couvert en tenant compte des études réalisées en
forêts centrafricaines.
Cette méthode est cependant incomplète par
manque d’activités sylvicoles visant à améliorer
les caractéristiques de la forêt. Les coûts liés
à sa mise en œuvre et le manque de connaissances
sur la dynamique forestière congolaise
rendraient moins opportunistes les exploitants à
œuvrer pour la gestion durable des forêts.
Il faut pour cela:
-
Développer la recherche forestière nationale.
-
Instaurer si possible un inventaire immédiat
post exploitation.
-
Conditionner l’attribution d’une concession à
un engagement de gestion durable.
-
Dans la mesure du possible que l’état partage
les coûts d’élaboration et de mise en œuvre avec
les exploitants.
-
Créer une structure de contrôle, de suivi
d’aménagement.